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Le « vrai » taux d’endettement : pourquoi 35 % n’est pas un mur

Catégorie : Finance optimisée  •  Temps de lecture : ~7 min

Quand on commence à s’intéresser à l’investissement locatif, on tombe rapidement sur cette phrase : « au-delà de 35 % d’endettement, la banque refuse ». Cette idée a la vie dure. Elle vient de la décision du Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) prise en janvier 2022.

Pourtant, ce 35 % n’est pas un mur. C’est un cadre qui se contourne tout à fait légalement, par le choix de la méthode de calcul que votre banque applique. Sur mon 2e bien locatif, je suis ressorti à 27 % d’endettement alors que la méthode classique, encore pratiquée par la majorité des banques de réseau, m’aurait collé à 38 %. Dossier refusé, même projet, même banque, deux calculs.

Dans cet article, je détaille ce que les banques regardent réellement avant d’accorder un crédit locatif, les deux méthodes de calcul qui s’affrontent, et les 4 ratios qui décident à votre place — bien plus que le seul taux d’endettement.

À retenir en 3 points

▸ Le 35 % du HCSF est un plafond, pas une méthode. La banque choisit comment elle calcule en dessous.

▸ La méthode différentielle peut faire sortir un même dossier de 38 % à 27 %.

▸ Le taux d’endettement n’est qu’un ratio parmi 4. LTV, DSCR et reste à vivre pèsent autant, parfois plus.

D’où vient le mur des 35 % ?

En janvier 2022, le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) a publié une décision juridiquement contraignante pour les banques. Deux seuils :

  • Taux d’effort des emprunteurs plafonné à 35 % (assurance comprise)
  • Durée de prêt plafonnée à 25 ans (27 dans le neuf, sous conditions)

Le HCSF, c’est quoi ?

Le Haut Conseil de stabilité financière est l’autorité française créée en 2010 pour surveiller le risque systémique du secteur financier. Présidée par le ministre de l’Économie, elle réunit le gouverneur de la Banque de France, l’ACPR (superviseur des banques) et l’AMF (superviseur des marchés). Ses décisions s’imposent aux banques françaises.

C’est cette règle qu’on entend partout. Elle est réelle. Mais deux nuances changent l’équation.

D’abord, le HCSF prévoit une marge de flexibilité de 20 % : sur 100 prêts, votre banque a le droit d’en accorder 20 en dérogation des seuils, dont 30 % peuvent être du locatif.

Ensuite, et c’est là que tout se joue, la règle ne précise pas comment calculer le ratio. C’est la banque qui choisit sa méthode. Deux écoles s’affrontent : la méthode classique et la méthode différentielle. La première fait couler la majorité des dossiers locatifs après le 2e bien. La seconde peut les sauver.

La méthode classique : pourquoi elle vous plafonne vite

Cette méthode additionne :

  • Au numérateur : toutes vos mensualités de crédit (résidence principale + locatifs existants + nouveau prêt)
  • Au dénominateur : vos revenus du travail + 70 % des loyers déjà perçus

Taux = (Mensualités totales) ÷ (Revenus + 70 % des loyers)

Simple, rapide, c’est ce que la plupart des banques de réseau vous présenteront en rendez-vous. Le problème : vos mensualités s’empilent au numérateur à chaque opération. Au 2e ou 3e bien, vous dépassez les 35 %, même si chaque opération est rentable individuellement.

C’est cette méthode qui a donné naissance au mythe du mur. Et c’est ce qui pousse beaucoup d’investisseurs à s’arrêter alors que leur stratégie pourrait porter cinq biens.

La méthode différentielle : la vraie porte d’entrée

Cette méthode traite vos biens locatifs comme une activité économique autonome :

  • Au numérateur : mensualité de la résidence principale + différentiel (mensualité nouveau prêt − loyer net du nouveau bien)
  • Au dénominateur : vos revenus du travail uniquement

Taux = (Mensualité RP + Différentiel) ÷ Revenus du travail

Si le loyer net couvre la mensualité du nouveau prêt, le différentiel est nul, voire négatif. Le nouveau dossier ne pousse presque pas le ratio.

Sur mon 2e bien, j’avais déjà mon Bien 1 à Nevers qui sortait 995 € de loyer pour 351 € de mensualité. La banque a appliqué la méthode différentielle : elle a intégré les loyers de Nevers dans mes revenus, et la mensualité du nouveau prêt dans mes charges. Résultat : 27 % d’endettement à la sortie.

Le même dossier, deux calculs :

MéthodeNumérateur (charges)Dénominateur (revenus)Résultat
ClassiqueMensualités cumulées (RP + Bien 1 + Bien 2)Revenus + 70 % loyers≈ 38 %
DifférentielleMensualité RP + différentiel Bien 2Revenus du travail seuls≈ 27 %

La méthode différentielle n’est pas une niche réservée à des initiés. Elle est pratiquée par les banques régionales, certains courtiers spécialisés et quelques banques privées. Mais elle se demande explicitement. Personne ne la proposera spontanément si vous ne savez pas qu’elle existe.

Erreur fréquente que je vois autour de moi

Quand un proche m’a parlé d’un refus à 36 %, j’ai regardé son dossier : la conseillère avait appliqué la méthode classique sans même mentionner l’existence de la différentielle. Recalculé en différentiel, il sortait à 28 %. Il a renvoyé une demande dans la même banque, en mettant le calcul en pièce jointe. Accordé.

Le bien n’avait pas changé. La banque non plus. Seul le calcul présenté avait changé.

Les 4 ratios que votre banquier regarde vraiment

Le taux d’endettement est l’arbre qui cache la forêt. Trois autres indicateurs pèsent autant, parfois plus, dans la décision finale.

RatioCe qu’il mesureSeuil de vigilance
Taux d’endettementMensualités / revenus35 % (HCSF)
LTV (Loan To Value)Emprunt / valeur du bien> 100 % = bloquant en banque de réseau
DSCRLoyer mensuel / mensualité du bien< 1,2 = rouge
Reste à vivreCe qu’il vous reste après mensualités< 700 €/adulte = risqué

1. Le LTV (Loan To Value)

Rapport entre le montant emprunté et la valeur du bien. Sur un bien à 100 000 € financé à 90 000 €, votre LTV est de 90 %. Plus le LTV est bas, plus la banque est rassurée : en cas de revente forcée, sa garantie tient. Au-delà de 100 % (vous empruntez plus que le prix d’achat pour financer aussi les travaux), beaucoup de banques de réseau bloquent. Les banques spécialisées vont jusqu’à 110–115 %.

2. Le DSCR (Debt Service Coverage Ratio)

Rapport entre votre loyer mensuel et votre mensualité sur le même bien. Sur mon Bien 1 : 995 / 351 = 2,83. Le loyer couvre 2,8 fois la mensualité. Une vacance ponctuelle ou un impayé ne menacent pas le remboursement. C’est un signal de sécurité fort. En dessous de 1,2, les voyants passent au rouge, même avec un bon revenu salarié.

3. Le reste à vivre

Ce que vous gardez chaque mois après avoir payé toutes vos mensualités, y compris la nouvelle. Les banques utilisent des grilles internes, généralement autour de 700 à 1 000 € par adulte et 250 à 400 € par enfant à charge.

Un emprunteur à 30 % d’endettement mais avec 500 € de reste à vivre est un dossier risqué. Un emprunteur à 38 % avec 4 500 € de reste à vivre passe sans souci. C’est ce ratio qui explique pourquoi un cadre supérieur à 6 000 € de revenus peut dépasser 35 % sans broncher, là où un ménage modeste se fait recaler à 32 %.

Mon cas réel — Bien 2

Configuration au moment du financement :

  • Bien 1 Nevers déjà financé : 995 € loyer / 351 € mensualité / DSCR 2,83
  • Revenus du travail stables
  • Demande pour le 2e bien locatif

Résultat avec la méthode différentielle : ~27 % d’endettement.

Résultat estimé avec la méthode classique : ~38 %.

Sans cette demande explicite de méthode différentielle, le dossier passait largement le plafond. Avec, il passe sereinement.

Ce que vous pouvez faire concrètement

Trois actions tangibles pour cesser de subir le mur des 35 %.

Avant le rendez-vous

Préparez vous-même votre calcul en méthode différentielle. Présentez-le à votre conseiller en début d’entretien. Vous gagnez du temps et vous démontrez que vous maîtrisez le dossier mieux que la moyenne de ses clients. Un calcul écrit, propre, daté : c’est une marque de sérieux qui change la dynamique du rendez-vous.

Pendant le rendez-vous

Demandez explicitement quelle méthode est appliquée à votre dossier. Si la réponse est « la méthode classique », sortez la calculatrice et proposez le différentiel. Si refus net, ne discutez pas : changez de banque ou passez par un courtier spécialisé dans le locatif.

Après un refus

Ne tirez jamais la conclusion sur un seul avis. Dans mon entourage, un proche a fait passer le même dossier de « refusé » à « accordé » simplement en changeant d’agence. Les politiques internes varient énormément, même entre deux agences du même groupe bancaire.

Ce que je voudrais que vous reteniez

Le mur des 35 % n’est pas une loi. C’est un cadre HCSF, appliqué plus ou moins strictement selon la méthode de calcul retenue. La méthode différentielle, le LTV, le DSCR et le reste à vivre forment ensemble la grille réelle. Connaître ces 4 leviers, c’est la différence entre s’arrêter à 1 bien ou continuer à structurer un patrimoine sur 10 ans.

Si votre dossier semble bloqué à cause du taux d’endettement, c’est très probablement parce que personne ne vous a encore présenté la bonne méthode.

Vous préparez votre 2e ou votre 3e investissement locatif ?

Avant d’engager 80 000 € ou plus dans une opération, prenons 30 minutes pour passer votre dossier au filtre des 4 ratios. Vous repartez avec un calcul propre, une méthode différentielle prête à présenter à votre banque, et la liste des questions à poser.

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